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Le journal officiel du 24 juillet dernier a publié l’arrêté qui propose le nouveau référentiel pour le B2i lycée. Tout le monde, à commencer par la presse non spécialisée, a commenté favorablement une telle annonce, dans la continuité supposée de ce qui est prévu pour accompagner « l’entrée de l’école dans l’ère du numérique ».

Il faut le dire clairement : treize ans après son lancement, le B2i est un échec monumental.

Dans le premier degré, de manière générale, le B2i est bien mis en œuvre par les professeurs des écoles. Non pas que ces derniers soient tous intimement et fortement convaincus que les apprentissages fondamentaux s’enrichissent du numérique et des savoir-faire acquis dans ce domaine par les jeunes élèves — on se demande bien d’ailleurs avec quels moyens matériels, plutôt rares  mais parce que la mise en œuvre du B2i, intégré dans la compétence 4 du socle depuis 2008, est une injonction forte des inspecteurs de circonscription, lesquels relaient sans état d’âme la même injonction venue des directeurs départementaux — c’est ainsi que fonctionne la hiérarchie dans le premier degré, ce qui ne laisse pas de m’étonner…

Bien entendu, cette règle, observée de manière massive, souffre de nombreuses et heureuses exceptions.

Dans les collèges, à l’exception notable du travail fait dès le début par de nombreux professeurs de technologie à qui souvent les chefs d’établissement indifférents avait confié l’affaire en exclusivité — était-ce une si bonne idée que cela ? —, relayés heureusement bientôt par la plupart des professeurs documentalistes, les autres disciplines n’ont que rarement pris en charge ce dispositif. Et ce n’est pas, là encore, l’intégration du B2i dans le socle qui arrangé les choses : de fait, le plus souvent, ses items sont validés à la volée, en fin d’année, juste avant le brevet… 

Quant à l’inspection pédagogique régionale, peu concernée par les compétences transversales, c’est un euphémisme que de dire que le B2i est, pour elle, bien souvent, la dernière roue de la charrette.

C’est aussi bien sûr le cas au lycée, de manière plus évidente encore. Il faut louer tant que peut se faire le travail des quelques rares collègues, dont les plus nombreux sont les professeurs documentalistes ou les professeurs des lycées professionnels, déjà rompus à ces référentiels, qui continuent, contre vents et marées, à valider ces compétences, dans l’indifférence la plus complète de leurs collègues ou de l’administration.

Bref, c’est la déroute, la bérézina. 

Au moment où il convient maintenant, compte tenu de l’urgence, d’enseigner le numérique et de prendre à ce sujet des décisions, la seule chose sensée à faire est d’annoncer la suppression de ce machin, par ailleurs particulièrement mal nommé.

Définitive, la suppression, de préférence..

Comme de décider de la suppression de la compétence 4 dont les items intègrent aisément l’ensemble des autres compétences, comme j’ai déjà eu l’occasion de le démontrer. Pour y revenir et n’évoquer, par exemple, que les compétences 6 et 7, comment travailler sur « les droits et les devoirs du citoyen » ou « les notions de responsabilité et de liberté et le lien qui existe entre elles » hors de toute référence au numérique qui imprègne les pratiques ordinaires de ces jeunes citoyens ? 

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Il existe aussi un autre dispositif qu’il est urgent de supprimer, non parce qu’il accumule les échecs mais parce qu’il a fait son temps, tout simplement.

Au début de l’été, le ministère annonçait la 25e Semaine de la presse et des médias dans l’école. À quoi sert encore cette opération, sinon à faire croire à la presse écrite que l’école est à son chevet ? Ne doit-on se préoccuper d’éducation aux médias qu’à la seule occasion de cette semaine et s’efforcer de l’oublier lors des cinquante et une autres ? 

Les élèves eux-mêmes, qui sont confrontés en permanence à l’actualité via le web et leurs médias sociaux n’y comprennent goutte.

Au moment aussi où il convient, nous dit-on à juste titre, que l’éducation aux médias, qui sont tous numériques aujourd’hui — oui, oui  ! — rejoigne enfin les enseignements, d’une manière qui reste à préciser, un signe fort pourrait être de décider de la suppression de cet événement, quitte à proposer, à la place, une succession de manifestations événementielles dont la forme et le moment restent à préciser,  

Vive la 1re année des médias dans l’école !

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Je vais finir ce billet en évoquant un événement qui a déjà 10 ans et qu’il ne faut surtout pas supprimer, en revanche : l’université d’été Ludovia où j’ai l’immense plaisir, cette année, d’avoir été invité par ses organisateurs. Une occasion de plus de rencontrer beaucoup d’anciennes et plus récentes connaissances, d’échanger aussi sur le numérique et ses vicissitudes… de débattre enfin avec d’hypothétiques contradicteurs des sujets que j’ai développés ci-dessus…

J’espère avoir le temps de vous raconter tout cela… 

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Michel Guillou @michelguillou

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Crédit photo : brainware3000 via photopin cc

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