Mon dernier billet était l’occasion de rappeler que cette alternative est bien souvent proposée, de manière ironique bien sûr, comme projet d’une vie radieuse à tous les jeunes. 

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Grosso modo, de manière assez consensuelle — j’ai déjà évoqué le sort qu’on faisait aux élèves et à leurs tristes habitudes médiatico-numériques, à l’école, en l’absence de l’éducation aux médias qu’on leur doit et qui leur manque tant —, c’est le choix qui leur est donné, celui d’être consommateur, bon consommateur, régulier, sérieux, dépensier, respectueux, docile et surtout fidèle… ou pirate, horrible pirate, pourfendeur du droit légitime des auteurs et de leurs familles, assassin de la culture et de la création, du livre, du disque et de la pellicule, de Gutenberg, des frères Lumière et de Michel Sardou. 

Quel joli coup des tenants des « ayants droit » ou de leurs défenseurs d’avoir choisi ce mot si déjà fortement connoté de « pirate » ! Le pirate est sale, fourbe et voleur. Le pirate, c’est d’abord un jeune bien sûr (s’il n’est pas jeune, il l’a été ou le sera sous peu), c’est forcément le mal personnifié, celui qui bouscule les valeurs et la société, celui qui se moque de tout, qui casse les DRM, squatte les box du quartier et la bande passante du bourgeois qui dort, à force de télécharger des vidéos — stupides, forcément stupides — sur YouTube ou DailyMotion ou, pire !, de visionner en diffusion continue (streaming) des épisodes du Mentalist ou de Kirikou et la sorcière.

Mais celui-là, c’est le pirate égoïste. La société a honte de lui.

Il y a plus grave, c’est le pirate qui partage, donne ou échange, qui veut goûter avant de consommer, ce qui le ferait d’ailleurs passer d’un coup du bon côté de la barrière… Ce pirate-là n’a ni foi, ni loi. Il lit, écoute, regarde et invite ses amis à en faire de même. Vous rendez-vous compte du niveau d’outrecuidance et de fourberie de cette engeance-là ?

Mais revenons à nos jeunes… On disait donc que, lorsqu’ils ne consomment pas, ils piratent. C’est acquis, n’y revenons plus. Nous avons appris aussi tout récemment que le jeune, pré-délinquant patenté, était maintenant violent, plus violent que son alter ego du milieu du siècle dernier. La faute sans doute à tous ces jeux vidéos dont ils se repaissent entre eux, nuitamment. 

Le jeune passe aussi ses journées à envoyer des textos, ces articulets mal écrits qui font fi de l’orthodoxie orthographique, de la syntaxe et de la grammaire. Où va-t-on ? Alain Finkielkraut a bien raison de s’ériger et de vouloir interdire Internet à l’école, ce média qui ne sert à rien (sic).

Le jeune est aussi sur Facebook. Qu’y fait-il ? Il a trois activités préférées :

  • insulter ses camarades, les harceler, les humilier de telle manière qu’il faut faire appel à une association privée E-Enfance pour la prise en charge éducative et demander la suppression du compte sur Facebook (non mais !) ;
  • publier des photos ou des éléments factuels de sa vie privée ou de celle de ses camarades, forcément dégradants et jamais valorisants ;
  • organiser des rassemblements en formes d’apéros géants sur la place publique, de telle manière à se saouler et mettre des cacahuètes là où ne devraient circuler que les voitures.

On comprend mieux pourquoi on devrait avoir peur des jeunes, pirates, violents, alcooliques et insulteurs, massacreurs de la grammaire !

Il ne manquerait plus qu’ils nous survivent !

Michel Guillou @michelguillou


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